Matchs de boxe au 206e



Pour distraire les soldats de l'ennui, de l'éloignement, du cafard, des mauvaises idées qu'inspirent les horreurs de la guerre, l'Armée organise des concerts, des animations, des matchs de foot, avec des vedettes de l'époque. Quand les artistes, les sportifs ne sont pas en ligne, ils participent à leur façon à la distraction des troupes.

C'est à Laneuvelotte que se déroule dans l'après-midi un concert avec des hommes du 5e bataillon, suivi de deux combats de boxe.
Dans le premier, selon René Clergeau figure Jim HARIS champion du sud-ouest (actuellement artilleur de deuxième classe), précise-t-il. Le second, oppose Albert LURIE, – qui a détenu le titre de champion de France, poids lourds, du 25 mai 1913 au 8 juin 1919, en catégorie poids lourds - au soldat RATIE du 206e, professeur de gymnastique dans le civil, et sergent dans la 18e Cie.
Lurie avait été un sérieux challenger de Georges Carpentier pour le titre de champion d'Europe. Ils avaient croisé le cuir le 29 novembre 1913, à Bordeaux. Il avait également boxé pour le titre de champion d'Angleterre en 1914.

La guerre contraint Lurie de tomber le peignoir pour enfiler l'uniforme, raccrocher les gants pour porter le barda. C'est un autre ring qui l'attend : il est affecté au 212e R.I. de Tarbes, en tant que brancardier dans la 68e division.
La division cantonne à Champenoux selon le JM0, à cette date.
Le 212e se situe vers Ajoncourt, Letricourt. En novembre des compagnies du 212e relèvent celles du 206e, au plateau de Sornville, et à Moncel.


Le 22 novembre 1915, c'est un match de foot entre l'équipe du 24e d'artillerie et celle du 206e qui se déroule à Bouxiére. Clergeau détaille : " à déjeuner avec nous, se trouvait LURIE le champion de boxe. Il fait parti de l'équipe de football du 206e ".

Gala de Boxe

C'est dans la vaste salle du Skating qu'a eu lieu le dimanche 2 septembre [1917] à 15 h le grand gala de boxe anglaise organisé par M. Félix Favrau,[...].
A 15 heures précises, M. le Général Quiquandon, commandant la 18e région, descendant d'automobile, accompagné du lieutenant Figier, son officier d'ordonnance, fut reçu officiellement par M. Uturald, notre infatigable président, ayant à ses côtés M. le colonél Chiché, membre bienfaiteur de la société.
La Lyre Artistique exécutant la Marseillaise, M. Quiquandon et sa suite, sous les applaudissements du public, gagna son fauteuil de présidence accompagné par M. Uturald.
Plus de. 3.000 personnes attendaient impatiemment le commencement de la séance ; remarqué, parmi l'assistance, de nombreux officiers et soldats américains ainsi que de nombreux officiers de la garnison.
Le gong sonna. Les combats se déroulèrent aux applaudissements frénétiques de la foule en délire.
Enfin voici le combat tant attendu. Bob Scanlon, le scientifique américain, monte sur le ring. Il est salué par l'hymne Américain, exécuté par la Lyre Artistique, que le public écouta: debout dans un grand recueillement.

Bob Scanlon, engagé volontaire dans la légion étrangère au début des hostilités, puis versé au 170e d'infanterie, portait sur le revers de son veston la croix de guerre, la fourragère et l'insigne des blessés. Aux accents de la Marseillaise, Albert Lurie, champion de tous les poids lourds français, monte à son tour sur le ring.
Aussitôt le combat s'engage arbitré par l'impartial François Descamps, manager de notre national Georges Carpentier. Ce fut un combat splendide et angoissant mettant aux prises deux athlètes incomparables.[...]

Source "L'Echo des mutilés" en septembre 1917.

Le "Populaire", le "Gil_blas ou "le Ballon Rond" relatent les "exploits" d'Albert Lurie,
le champion de France originaire de Bordeaux avant et après guerre.




Au Wonderland

Hier soir Bandman Rin a remporté une incontestable victoire aux points sur le champion de France Albert Lurie, qui s'est montré beaucoup trop lent. Le français eut quelques reprises à son avantage, surtout au début du combat, mais fut par la suite pris de vitesse pas un adversaire à allonge supérieure et doué d'un gauche assez précis. Avant ce combat, Bouzonne battait Gloria aux points.
source : Gil Blas - 8 février 1914

Joe Borrel bat Albert Lurie

Un combat des plus acharnés a eu lieu à Bordeaux, entre l'Américain Joe Borrel et le champion de France poids lourds Albert Lurie. Ce combat, qui comportait 15 rounds, faillit se terminer par le knock-out de Lurie. Joe Borrel, précédemment vainqueur de Mac Clowskey, rendait environ quinze à seize livres au champion de France. Pendant neuf rounds, il subit les upercuts de Lurie et fut même assez éprouvé au quatrième round et surtout au neuvième. Mais à partir de ce moment, Borrel attaqua puissamment du gauche. D'un crochet, il envoya Lurie A terre, où celui-ci resta huit secondes. Ceci se passait au treizième round ; au quatorzième, de nouveau Lurie est descendu et se relève et il finit le combat complètement groggy.source : Le Populaire.



Document photo source Jean-Pierre Logeais, voir son blog.
Albert Lurie est sur la photo avec Ernest Logeais et d'autres soldats de l'infanterie divisionnaire
Voir le récit des cartes postale d'Ernest Logeais, du 206e RI.


Voir également la photo de la tombe près de l'arbre mitraillé en forêt de Champenoux, similaire à celle publiée dans les carnets de René Clergeau.