Delme : un avant goût

Les fiches matricules indiquent pour la plupart des soldats un départ aux armées le 10 août 1914. Le régiment débarque le 12 août à Nancy à 6 h avec 38 officiers, 2 202 hommes de troupe, 124 chevaux, et 36 voitures. Il va cantonner à Villers les Nancy. Un premier mouvement des régiments en liaison déployés dans ce secteur — qui sera celui de prédilection du 206e pendant une bonne partie de la guerre —, se fait vers Velaine, Cerceuil, Laneuvelotte, Champenoux.

Les 3 premiers tués et une vingtaine de blessés marquent le baptême du feu du régiment à Delme.

Liste des soldats tués, blessés, disparus à Lemoncourt - Delme

La bataille de Champenoux (Grand Couronné de Nancy)

Arrivé le 15 août dans le secteur du grand couronné de Nancy, le 206e subit le 22 août le baptême du feu avec ses premiers soldats blessés à Delme.

Le 6 septembre ordre est donné au régiment d'attaquer pour briser l'effort des allemands sur Nancy dont la perte entamerait sérieusement le moral français.

Le régiment s'exécute sans préparation d'artillerie. Entre 6h30 et 7h45 les compagnies de Courtade et de Pucheu sont arrêtés au bout de 500 m de leur point de départ. Le colonel Vénot qui a reçu ordre d'attaquer à  son tour, monte en soutien. Le 206e subit des pertes considérables sous le feu de l'artillerie. Lors d'une contre-attaque l'ennemi culbute le régiment et le décapite de son commandement : le colonel Vénot blessé mortellement dit à un adjudant avant de mourir: «J'ai mon compte, prenez le commandement et en avant».

# Lien vers le site de François Munier

Nancy est sauvée
Le régiment paie un lourd tribu lors de la journée du 6 septembre. Il recule devant l'effroyable carnage de l'artillerie allemande, mais Nancy sera sauvée. Les lignes du front se dessinent autour de la capitale Lorraine ; elles ne bougeront quasiment plus durant toute la guerre.

Liste des soldats tombés à Champenoux

Récit-fiction de la bataille

Nous sommes partis de Saintes le 10 aout. La foule était nombreuse pour nous accompagner sur le chemin de la gare. Les femmes, les enfants nous distribuaient des drapeaux que nous attachions à nos fusils et des bouquets de fleurs que nous portions à notre veste. Quand aux hommes on voyaient bien par leurs airs graves qu'ils avaient conscience des charges qui pesaient sur nos épaules et des sacrifices qu'ils allaient falloir consentir pour l'honneur, la gloire de notre pays et la défense des familles.
Il fallait entendre tous ces chants patriotiques, ces acclamations repris à l'unisson pour se faire une idée de l'émotion qui nous envahissait à mesure que nous marchions. C'était un sentiment étrange dans notre coeur que de ne faire plus qu'un avec cette foule alors que chacun de nous appréhendait là de laisser un enfant une femme des parents etc… ; mais bien vite ce sentiment disparaissais par la conviction d'accomplir son devoir et puis Dieu était avec nous. Nous sommes donc partis gaiement au Chant de la Marseillaise et les wagons étaient couverts d'inscriptions Berlin, de dessins représentant l'empereur « Guillaume » au bout d'une corde.

Le colonel Vénot et sa badine ©Altora - Pages 1418



La frontière Allemande à Brin


Nous avons débarqué à Nancy le 12 au matin et sommes partis cantonner à Villers les Nancy et Clairlieu. Nous étions à 22 km de la frontière et l'on pouvait entendre le canon tonner. Des villages que nous avons traversé une forte impression de saleté s'en dégageait. Le fumier était au bord des maisons et dégageait une forte odeur de purin. Les habitants quand à eux nous regardait parfois avec un air méfiant ce qui faisait dire à certains d'entre nous qu'ils étaient à « moitié boches ». Le 15 nous sommes partis de Clairlieu vers 1 heure du matin pour nous rendre à Cerceuil. Nous avons marché pendant 25 km. Nous avons assisté à un balai incessant de voitures automobiles qui ramenaient des blessés à Nancy. Il pleut et le canon tonne très fort. Nous sommes maintenant à 15 km de la frontière. Le 18 l'ordre est donné de monté à Laneuvelotte aux avants poste à 10 km de la frontière. Le lendemain nous avons traversé la frontière à Brin-sur-Seille et sommes passés en « Lorraine annexée ». Nous avançons vers l'ennemi et personne ne nous couvre. Nous cantonnons à Lenoncourt commune de Lorraine Annéxée.

Nous sommes arrivés vers 6 heures 30 alors que deux heures auparavant les allemands étaient encore ici. Le 20 le 6e Bon est bombardé sur Lenoncourt tandis que le 5e Bon se déplace vers Donjeux Bellevue. Puis pour nous c'est le repli devant la force de l'artillerie. On se rend compte que l'on n'est plus à l'exercice. Des soldats sont blessés ou tués. Nous n'avions rien à manger ni pain ni viande.Les allemands nous tirent dessus depuis 6 km et nous n'avons pas d'Artillerie. C'est la débandade. Les officiers ne donnent plus d'ordre. Les compagnies sont disloquées. Nous reculons de plus en plus. Nous arrivons à Fresnes à 10 heures et repartons à 2 heures en ayant dormi deux heures. Nous avons parcouru 48 km pour revenir vers Nancy; Le 22 nous cantonnons vers Houdemont.

Il y a trois jours nous étions en Allemagne et nous voilà revenu à notre point de départ. Que font nos chefs ? Le 24 le régiment à reçu l'ordre de defendre le col de Bratte et de Livry. Le colonel a sous ses ordres un groupe d'artillerie et une compagnie du génie. Nous travaillons à construire des tranchées. Hier nous avons fait 25 km en n'ayant mangé qu'un peu de pain. Nous sommes traités comme des bêtes de somme; nous dormons à peine 3 ou 4 heures. Le canon tonne toujours. Le 27 nous cantonnons à Agincourt. Le 5e Bon est parti enterrer les morts allemands : plus de 3000 dit-on. Nous n'avons pas de nouvelles de Saintes. Le 30 plus de 300 hommes sont arrivés du dépôt. Le canon continue de tonner. Ces derniers jours seront pour nous inoubliables. Ce fut notre baptême.
Henry n'arrive au 206e RI qu'en novembre 1916.